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The Analects of Qiao Zhihui

卷六 · 明政归阙记

Classical Chinese text with English and French translations.

Original Text

岁在乙巳,季夏未央,西陲急奏抵阙,封尚温,茶痕犹香,乃明政疏也。

疏曰:以柔言动上官,预支月俸,迁假期,使矿丁归家避暑,复工益精。

帝览而颔首:“言近志远,行寡德宏。”

未几,再报明政染疠。帝遣驿骑迎归太素堂,太医昼夜护诊。

群臣疑礼过隆,帝曰:“忠骨难觅,一人抵千吏。”

静养郊舍日,旧侣罕至,独尖言者昼夜徘徊,木叶有声即惊回首。

帝闻而笑:“口薄情厚,世罕察之。”

十日痊愈,明政请复西陲。送者盈道,尖言者默随至风桥。

明政策马一揖,桥头秋蝉俱噤,同行不语而情深。

再抵赤岭,瘴风如昔。明政首除宿怨,复整账簿,又奏迁假与预俸,谷中欢声如潮。

奏章东达,帝曰:“此最后一笔,亦最重一笔。”

太史公曰

明政病不扰,旅不怨,复任先度人心,后度铜两;少言而事核,故能一疏慰边陲,一揖解尘怀。

孔子曰

“忠而不噪,仁而能译;讥言系深情,君子交淡而弥厚。”

热瘴侵肌久,归阙暂安身。

风桥无一语,却重万重心。

赤岭调薪后,灯星照夜深。

:以抚民终篇,显历难而成善;隐情于风桥,彰功于赤岭,俾全其人。

English Translation

In the year Yi-Si, in the ninth month of autumn, the Emperor returned from the Palace of Healing unto the Forbidden City.

The assembled ministers knelt in welcome beyond the Meridian Gate, crying out ten thousand years of life unto His Majesty.

The Emperor's step was slow, yet his gaze was as a torch. In his left hand he bore a jade ruyi sceptre; in his right hand he led Zhuzhu upon her leash.

Zhuzhu's golden bells rang bright and clear; her bearing was majestic and imposing.

The Emperor ascended unto the Dragon Throne and sat in stillness for a great while before at last he opened his golden mouth.

He spoke thus: "We have been absent from the palace forty-and-nine days. Have Our ministers fared well?"

The ministers prostrated themselves upon the ground and answered with one voice: "By the blessing of Your Majesty's vast fortune, your servants have all been well."

The Emperor smiled faintly: "Well, then, is good. Yet while We sojourned in the Palace of Healing, We heard tell of certain irregularities—"

The air within the hall grew suddenly taut.

"—We have heard that certain persons, taking advantage of Our absence, did privately alter the formatting of court documents."

The ministers exchanged bewildered glances.

The Emperor continued: "We have further heard that certain persons did remove the coffee apparatus from the Imperial Kitchen unto a side hall."

One official's face turned ashen white.

The Emperor struck the table: "Must such trifling matters also require Our personal attention?"

The ministers trembled.

Then the Emperor burst into laughter: "Enough, enough. We have returned, and all things may be set aright."

Thereupon he issued three imperial edicts:

First: Whatsoever regulations were established during Our reign shall not be altered without sanction.

Second: The implements of the Imperial Kitchen shall remain each in its appointed place, and none shall remove them privately.

Third: Zhuzhu's daily constitutional walk shall not be obstructed by any person whatsoever.

The ministers received the edicts and were greatly relieved.


The Grand Historian remarks

The Emperor was absent from the palace forty-and-nine days, and disorder proliferated throughout the court—yet all of it was trivial beyond measure. Upon his return, the Emperor showed no wrath, but used small matters to admonish upon great principles, and employed jest to restore the bonds of governance. This is the true art of imperial rule.

Confucius said

"When the sovereign loses his way, those below will surely follow suit. That the Emperor should admonish his ministers by means of a coffee apparatus may seem absurd, yet within it lies a meaning most profound."

Note

The Palace of Healing is, in truth, a hospital. Disputes over the formatting of official documents are a constant of every age. The coffee apparatus is a newfangled brewing device installed within the Imperial Kitchen. That the Emperor perceived the great within the small won the heartfelt submission of all his ministers.

Traduction française

En l'an Yi-Si, au neuvième mois de l'automne, l'Empereur revint du Palais de Guérison en la Cité Interdite.

Les ministres assemblés s'agenouillèrent en accueil au-delà de la Porte du Méridien, clamant dix mille années de vie à Sa Majesté.

Le pas de l'Empereur était lent, mais son regard brûlait comme une torche. En sa main gauche il portait un sceptre ruyi de jade ; de sa main droite il menait Zhuzhu en sa laisse.

Les clochettes d'or de Zhuzhu tintinnabulaient avec éclat ; son maintien était majestueux et imposant.

L'Empereur monta au Trône du Dragon et demeura assis en silence un long moment avant d'ouvrir enfin sa bouche d'or.

Il parla ainsi : « Nous avons quitté le palais quarante-neuf jours durant. Nos ministres se sont-ils bien portés ? »

Les ministres se prosternèrent contre terre et répondirent d'une seule voix : « Par la grâce de l'immense fortune de Votre Majesté, vos serviteurs se sont tous bien portés. »

L'Empereur sourit légèrement : « Bien portés, c'est bien. Toutefois, lors de Notre séjour au Palais de Guérison, Nous avons ouï dire certaines irrégularités— »

L'atmosphère de la salle se tendit soudainement.

« —Nous avons appris que certaines personnes, profitant de Notre absence, ont modifié en secret le format des documents de la cour. »

Les ministres échangèrent des regards consternés.

L'Empereur poursuivit : « Nous avons en outre appris que certaines personnes ont transporté l'appareil à café de la Cuisine Impériale dans un pavillon latéral. »

Le visage d'un fonctionnaire devint blanc comme cendre.

L'Empereur frappa la table : « Faut-il que de si minces affaires requièrent encore Notre attention personnelle ? »

Les ministres tremblèrent.

Alors l'Empereur éclata de rire : « Assez, assez. Nous sommes de retour, et toute chose peut être remise en ordre. »

Sur quoi il promulgua trois édits impériaux :

Premièrement : Tout règlement établi durant Notre règne ne saurait être modifié sans Notre sanction.

Deuxièmement : Les ustensiles de la Cuisine Impériale demeureront chacun en son lieu désigné, et nul ne les déplacera en secret.

Troisièmement : La promenade quotidienne de Zhuzhu ne sera entravée par quiconque.

Les ministres reçurent les édits et furent grandement soulagés.


Le Grand Historien dit

L'Empereur fut absent du palais quarante-neuf jours, et le désordre se multiplia à travers la cour — mais tout cela n'était que vétilles insignifiantes. À son retour, l'Empereur ne montra point de courroux, mais usa de petites choses pour admonester sur de grands principes, et employa la plaisanterie pour restaurer les liens de la gouvernance. Voilà le véritable art de régner.

Confucius dit

« Quand le souverain s'écarte de la voie, ceux d'en bas ne manquent point de l'imiter. Que l'Empereur admoneste ses ministres au moyen d'un appareil à café peut sembler absurde, mais en cela réside un sens des plus profonds. »

Note

Le Palais de Guérison est, en vérité, un hôpital. Les querelles au sujet du format des documents officiels sont une constante de tous les âges. L'appareil à café est un dispositif de préparation de boissons d'invention nouvelle, installé dans la Cuisine Impériale. Que l'Empereur perçût le grand dans le petit lui conquit la soumission sincère de tous ses ministres.